Ukraine, la guerre et les réformes

Place Maiden, Kiev
Place Maiden, Kiev

Dans le cadre du groupe d’amitié Franco-ukrainien dont je suis le vice-président, j’ai participé la semaine dernière à une mission d’étude en Ukraine qui avait deux objectifs : promouvoir et encourager les échanges commerciaux, scientifiques et culturels avec ce pays et rencontrer des responsables des territoires occupés du Donbass pour rendre compte de la situation du conflit.

Pour cela, nous nous sommes rendus dans l’Est du pays et nous avons roulé pendant près de 20 heures, dont une partie en véhicules blindés, sur des routes dégradées pour rencontrer des responsables de l’administration régionale de Donetsk. Leur chef, Pavlo Zhebkivsky, a parfaitement résumé l’état d’esprit du pays : « en Ukraine, nous devons faire la guerre et les réformes en même temps ! », a-t-il commenté avec un sourire forcé et fatigué. Nous avons visité le point de contrôle de Mayorsk où la population attend des heures pour passer d’un territoire à l’autre. Ces postes de « frontière » intérieure sont inévitables car les champs et routes secondaires sont fermés et minés. Une tension palpable et un climat de guerre qui font réfléchir sur la chance de vivre dans un espace européen pacifié. Nous avons visité Avdiika, ville meurtrie par des combats sanglants qui survit aux bordures des territoires occupés et vu des installations et usines en quasi abandon alors que la région était la capitale industrielle du pays. 

Rentrés à Kiev, nous avons rencontré Vasyl Bodnar, vice ministre des affaires étrangères pour discuter de la situation politique et humanitaire dans l’Est et aborder d’autres points sur lesquels le gouvernement travaille activement : la réforme institutionnelle et la lutte contre la corruption qui gangrène une partie de l’activité du pays. Une rencontre qui montre la résilience et détermination des autorités locales. Ils nous ont particulièrement remercié pour notre visite dans le Donbass qui montre l’intérêt de la France dans ce conflit aux portes de l’Europe et qui a déjà fait plus de 10 000 morts.

Pour tisser encore plus de liens avec nos homologues députés ukrainiens, nous avons été conviés à une visite de la Rada, le parlement ukrainien et une rencontre avec Irina Gerashenchenko, sa vice-présidente pour renouveler la volonté de coopération entre nos pays et notamment les opportunités de développements économiques dans les domaines des infrastructures, de l’agriculture et du numérique.

 

Pour finir sur une note qui montre la volonté de l’Ukraine de regarder devant, nous avons également visité UNIT, une implantation d’école du numérique inspirée de l’école 42 sur le siège d’une ancienne usine de motocycles.Le développement du site prévoit l’installation de start-ups dans un incubateur et l’élargissement des activités aux biotechnologies. J’étais ému en visitant ce site car lors de ma première visite à Kiev en 2006, j’avais visité cette vieille usine qui était le siège social d’un studio de développement de jeu, Frogwares qui a créé une belle série de jeux vidéo sur Sherlock Holmes. À douze ans d’intervalle, le site a bien changé.

 

Toute la ville s’est d’ailleurs transformée. La célèbre place de l’Indépendance -en ukrainien : Майдан Незалежності, Maïdan Nézalejnosti-, place centrale de Kiev traversée par la rue Krechtchatyk, n’est plus le lieu de rassemblement de manifestations comme lors de la révolution orange en 2004 et de l'Euromaïdan. Elle est désormais un lieu convivial où un mémorial rappelle l’histoire du pays mais où les cafés et magasins accueillent les citadins et touristes.

À l’issue de ce voyage, nous allons transmettre un rapport d’observation au Ministère des Affaires Étrangères en soutien à ce pays si proche de nous.

Il est difficile de mener de front une guerre et des réformes mais l’Ukraine prouve que c’est possible.


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