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Maintenir le cap ensemble !

Dans la dernière édition de M, le magazine du Monde, mon portrait, peu flatteur se résume à son titre « marcheur à gros sabots ».

Ayant une grande habitude, depuis longtemps, des commentaires dans tout type de presse sur mon style, mes choix et mes actions, je ne peux ni en tenir grief à son auteure, ni m’associer à la victimisation de certains hommes publics envers les journalistes d’investigation. Je me dois d’accepter leurs jugements qu’ils soient laudatifs, critiques, ou sévères. 

Je crois en des médias libres ET responsables.


Je crois en une presse libre et indépendante. Elle est le fondement de toute démocratie. Tout droit vient néanmoins avec des devoirs et pour la presse, ceux de la vérité et de la responsabilité. 

Je prends ainsi aujourd’hui la plume électronique et réagis à cet article, non pas pour soigner mon ego mais pour un certain nombre de personnes de mon entourage et de ma circonscription qui ont été choquées voire blessées par des tournures de style à l’emporte-pièce, qui ne se contentent pas de caricaturer mais déforment la réalité. 

Je voudrais partager avec eux l’histoire de cette interview : comment la journaliste en est arrivée à écrire cet article après que nous ayons passé ensemble plusieurs heures d’interview et une journée complète à Villeurbanne.

Nous y avons partagé un repas réunissant mon équipe et des marcheurs passionnés qui se sont exprimés sans concession sur leur convictions et leurs doutes ; nous y avons commenté nos actions récentes et notamment une réunion publique ouverte à tous, soutiens comme opposants, pour débattre sur le projet de loi asile et immigration ; nous lui avons décrit avec fierté la spécificité villeurbannaise dans sa diversité historique, d’ailleurs illustrée autour de la table par la présence de personnes d’origine et de conditions  différentes. Nous sommes ensuite allés ensemble dans un foyer d’accueil et de domiciliation de personnes sans domicile fixe où la générosité et le dévouement des responsables est à la hauteur de la détresse qu’ils côtoient. Je l’ai enfin emmenée sur les lieux de mon enfance après le rapatriement d’Algérie et lui ai révélé  certaines douleurs de ma vie personnelle en expliquant pourquoi j’étais contre l’euthanasie et sceptique sur le suicide assisté. Nous avons échangé sur bien d’autres choses encore dans une conversation libre et engagée qui aurait dû lui montrer la détermination de militants enthousiastes et lucides et non le personnage de façade qu’elle décrit.


Pourquoi n’y a-t-il dans cet article aucune mention de cette action de terrain, de ces visages croisés, et pourquoi l’unique commentaire local qu’elle relève est celui de l’opposition socialiste ?

Mon équipe était pourtant heureuse de la rencontrer ; ils se sont mis en quatre pour montrer comment nous menions ensemble  un combat difficile de transformation et de pédagogie. Elle les avait même conquis par son silence qu’ils ont pris pour une pudeur naturelle cousine de sa sensibilité. Ils ont baissé toutes les gardes et se sont livrés dans une spontanéité rafraîchissante et bien naïve. Ils espéraient être compris par une auteure qu’ils respectaient...

Il est sorti de tous cette générosité un article décousu, enfilant les anecdotes comme des perles de pacotille sur le fil d’une vie dilettante. Ils ne s’y sont pas trouvés, ils ne s’y sont pas retrouvés.

C’est donc pour eux que j’écris : pour les militants dévoués

Pour les « Pénélope d’infortune » qui voient chaque soir leur travail social de la journée déchiré par les aléas de vie, pour «les provinciaux en gros sabots» que le mépris blesse avant qu’il ne révolte, pour les professeurs d’écoles républicaines qui sont exténués mais n’abandonnent jamais. Ils agissent plus qu’ils ne parlent et la plupart du temps dans l’ombre.

Ce sont eux que ce type d’article insulte en raccourcissant des réponses et les sortant de leur contexte pour faire des slogans au service du sensationnel. Pour les côtoyer tous les jours, je sais qu’ils méritent mieux que des phrases choc. 

Ce sont eux que l’on maintient dans un doute sur l’engagement politique en se drapant dans la rectitude et l’objectivité journalistique pour dénoncer les cyniques dans la litanie panurgienne du «tous pourris» avec un #balancetonelu très chic de certitudes mais vide d’émotion.

Ce sont eux que l’on moque en se plaçant en sachant sans jamais descendre de l’Olympe des mots. Les miens sont parfois populaires mais toujours sincères. Ils traduisent aussi le sentiment de colère envers la tiédeur politique, le mesuré, le bon ton qui n’apportent pas de solution à bon nombre de français. Ce sont des mots de la rue, sans fard ni couronne, des mots de révolte contre la règle de la bienséance. Malgré mon vocabulaire, je lui préfère la bienveillance.

Mais il y a autre chose de plus grave, le franchissement des Rubicon’s intimes qui blessent les familles.

Je suis un homme public et dois en accepter les conséquences sur ma visibilité mais les détails de ma vie personnelle ne sont ni à jeter en pâture ni à être exhibés en trophées de confidences.

Si je dois la transparence à mes électeurs, je ne leur dois pas les pages de mon intimité, spécifiquement sur le décès de mes proches. Derrière chaque défunt, il y a un père, une mère, des frères et des sœurs qui méritent le respect pour leurs douleurs et souvenirs. Les miens aussi !

Si certains veulent néanmoins jouer aux apprentis psychologues pour comprendre les ressorts de mon action, qu’ils ne les raccourcissent pas à une phrase.

« la mort rôde autour de Bruno Bonnell», lit-on dans cet article. Quelle terrible sentence quand on parle de malheurs familiaux ! Personne ne choisit de voir un frère cadet s’en aller trop tôt dans un désordre inexplicable du monde. Personne ne souhaite même à son pire ennemi qu’il perde un fils dans la loterie de la vie.

Personne ne doit jouer avec le destin funeste des autres, même pour vendre du papier.  

En ce qui me concerne, l’armée des ombres qui m’accompagne chaque jour de ma vie, me rappelle mon devoir de mémoire et, loin de m’abattre, ce type d’article renforce mes convictions.

C’est bien pour eux, les cabossés de la vie, les égarés, les déplacés, les sans foi ni toit, les gens de biens que j’ai sans relâche rêvé d’utiliser mon énergie à un mieux vivre ensemble. 

Je suis fier d’avoir trouvé une équipe hétéroclite et efficace pour m’épauler dans cette mission. 

Je suis heureux qu’autour de nous, d’autres nous épaulent en toute discrétion.

 

Leurs « gros sabots de marcheurs » sont bel et bien plantés dans la glaise du quotidien et nos  ambitions pour notre pays et notre ville sont audacieuses. 


 

 Nous aurions préféré que le reportage sur nos actions soit plus fidèle à notre travail mais à défaut, je leur devais à tous ce texte en coup de chapeau à maintenir le cap malgré les intempéries.

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Commentaires: 4
  • #1

    Siino christian (dimanche, 08 avril 2018 16:38)

    "Marcheurs aux pieds nues " pourrait bien être le titre d'un prochain article de presse si le militantisme ne se développe pas plus que ça en terre villeurbannaise, face à la culture PS pas si facile à retourner. ..

  • #2

    MONTEGU christian (dimanche, 08 avril 2018 19:00)

    Que dire de plus, ce texte c’est Bruno, grand cœur, écorché vif quand on met en doute sa rectitude,
    Je retrouve le Bruno Bonnell de la campagne législative, mais surtout l’homme de la vraie vie.
    Je suis honoré de le considérer comme un ami et surtout comme un homme vraie, si rare pour un Politique...
    Peux t’être n’est tu qu’un homme avec lequel on a envie d’avancer car partageant le même idéal : servir .

  • #3

    Dassy (dimanche, 08 avril 2018 23:37)

    Et maintenant: Le grand projet "Villeurbanne 2030"

  • #4

    RESSY (mardi, 10 avril 2018 08:09)

    On retrouve sûrement cette femme se croyant faire partie de l'élite parisienne et qui pourtant n'a rien compris à la franchise et à la vraie vie. Je la plains sincèrement. Elle a beaucoup de travail pour s'élever dans cette vie. Je lui souhaite d'y arriver et pour vous, tracez votre chemin et ne vous occupez pas des personnes souvent jalouses qui ne peuvent être que des freins.