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Lettre ouverte à Monsieur Yann Crombecque

Monsieur,

Par un communiqué de presse sur papier à en-tête du Groupe Socialiste et apparentés de Villeurbanne, vous m’interpellez sur ma participation à une «réunion publique de l’électorat traditionaliste lyonnais » au cours de laquelle j’aurais porté « une parole radicalement conservatrice ».

Si vous vous sentez en devoir de reporter chacune de mes interventions publiques, je vous encourage à les écouter ou les revoir en vidéo sur mon site car elles sont pour la plupart enregistrées sans coupures ni montage. Cela vous permettrait d’être plus fidèle à la teneur de mes propos plutôt que de vous contenter d’exulter sur des extraits sortis de leur contexte.

Votre appréciation sur ma position « radicale et réactionnaire » m’intrigue car elle semble impliquer que certaines positions religieuses sont de droite et d’autres de gauche.

La loi concernant la séparation des Églises et de l’État, adoptée le 9 décembre 1905 à l’initiative du député républicain-socialiste Aristide Briand, prend parti en faveur d’une laïcité sans excès. Son article 1er ,« La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes […] », se veut conforme à la devise républicaine.

En tant qu’élu de la République, j’ai le devoir de préserver la laïcité comme fondement de dialogues ouverts entre tous les cultes, croyances et non croyances. Mais j’ai également le devoir d’écoute de toutes les opinions même si je combats certaines d’entre elles. À une idéologie sectaire et monolithique, je préfère adopter l’attitude de connaître pour convaincre. Quitte à vous « stupéfier », je ne refuserai jamais un débat.

Dans notre pays il existe des gens aux convictions qui diffèrent des vôtres, des nôtres et cette diversité fait la force de notre démocratie. Il n’y a pas un peuple de gauche moderne et un peuple de droite engoncé dans des doctrines réactionnaires mais une nation bien plus complexe que ces caricatures.

Sur les sujets sociétaux que vous évoquez, « la fin de vie, la PMA pour toutes les femmes, ou l’accueil des migrants », chacun aura un avis fruit de ses valeurs et de son parcours et indépendant d’une position sur l’échiquier politique.

Le thème de la réunion publique à laquelle vous faites référence était « éthique et politique ». Elle était organisée par l’antenne sociale de Lyon dont je vous invite à consulter le site https://www.antennesocialelyon.org/. C’est une association d’obédience chrétienne mais qui s’intéresse aux même sujets que «la gauche »- mais aussi que « la droite »- car ce sont des sujets de société pour lesquels chacun a un droit à la parole.

Ma remarque sur « la France, fille aînée de l’Eglise » était une réponse à l’explication de la doctrine sociale de l’Eglise faite par Monseigneur Gobilliard évêque auxiliaire de Lyon qui en rappelait les piliers : dignité de la personne humaine, bien commun au service de la personne, subsidiarité, et solidarité.

J’aurais eu une remarque similaire devant une assemblée d’une autre confession si un imam ou un rabin avait souligné que l’islam ou le judaïsme accorde une importance particulière à la dimension sociale et prône compassion, entraide, solidarité et fraternité.

Parce que ces ancrages spirituels ne sont pas en contradiction avec la volonté des femmes et des hommes qui ont gravé « Liberté, Égalité et Fraternité » sur le fronton de nos mairies et rédigé des constitutions qui affirment de façon constante dans leurs premiers articles que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. ». Ils ont au contraire réussi à les élargir, à étendre ces valeurs pour les englober dans une laïcité partagée garante de paix sociale sans s’immiscer dans l’intime des convictions religieuses.

Alors de grâce Monsieur Crombecque, ne cherchons pas à réduire la vie politique à des interjections. Si les querelles de Don Camillo et Peppone gardent un charme désuet, elles ne reflètent plus la réalité de notre quotidien.

Villeurbanne s’est bâtie sur les différences et un respect absolu de la République. Sur chaque banc des écoles ou au coeur de nombreuses associations que je visite, les religions sont représentées dans toutes leurs richesses mais s’accordent sur la conscience d’être d’abord françaises et français. 

Il n’y a pas d’exclusivité sur la laïcité, ni de compromis d’ailleurs. Elle n’est «ni de gauche, ni de droite».

Je ne conclurais pas sur mon activité, que je vous invite toutefois à suivre de plus près pour en connaître l’ampleur plutôt que de répéter des informations déformées, mais sur l’amitié.

Il n’y a pas de « nouvelles amitiés ». Il y a de nouvelles rencontres et de nouveaux échanges. Il y a de nouvelles écoutes et de nouveaux débats. Il y a des volontés féroces de se comprendre et d’accepter, d’amender ses points de vue. Il y a une envie d’affronter la réalité du monde dans sa diversité pour trouver de nouvelles pistes de mieux vivre ensemble.

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