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Un député ne devrait pas dire ça

La sphère politique est-elle condamnée à ne communiquer que par éléments de langage concoctés dans des officines marketing à renfort de sondages d’opinion ?

A l’heure de la disruption généralisée où les codes se brisent sur les nouvelles réalités du monde, pouvons-nous encore accepter que seul le traditionnel « politiquement correct » soit audible par crainte d’échauffements ou pire, du risque de non-renouvellement d’un mandat électif ?

N’est-ce pas précisément pour cela que nos compatriotes se sont lassés du discours politique et ont massivement appelé au changement d’attitude et de méthode ?

Après mes propos sur une radio nationale au sujet du pouvoir d’achat, j’ai pu lire de multiples réactions passionnelles allant de «l’insulte en un mot» au «paragraphe injurieux» dans les formats réducteurs des réseaux sociaux.

Je n’ai pourtant fait qu’exprimer une conviction : en réduisant sa qualité de vie au simple pouvoir d’ACHETER, on n’en regarde qu’une seule dimension.

En complément du pouvoir d’achat, indispensable et nul ne le conteste, ma conviction la plus profonde est que l’on doit intégrer des éléments de sécurité, de santé, d’éducation dans son évaluation. Si ma formulation interprétée a blessé certains, j’en suis désolé et leur présente mes excuses. À aucun moment, je n’ai négligé, moqué ni méprisé la nécessité d’un revenu décent pour tous.

Mais je ne change rien à la question que j’ai posée dans cette émission de radio : s’il est absolument nécessaire que chacun puisse avoir les moyens de vivre une vie digne et décente, est-ce la seule composante du bonheur et du mieux vivre ensemble ?

Je ne le crois pas et je l’ai dit sans détour, déclenchant les ires des censeurs du Net, des quolibets de certains collègues de l’opposition et des remarques inquiètes d’autres plus bienveillants.

Cette question est pourtant au cœur d’une action politique : si on place le pouvoir d’achat comme principale, voire seule, mesure de la qualité de sa vie, on pousse à une société de plus en plus libérale où chacun construit individuellement son confort de vie avec le risque de laisser des gens au bord du chemin. On peut faire un choix différent et intégrer d’autres paramètres pour qualifier son niveau de vie comme le fait l’indice de Développement Humain proposé par l’ONU. Si celui-ci, qui mixe à parité le pouvoir d’achat, l’espérance de vie et le niveau d’étude, est pris en référence, l’attention, et les investissements ad-hoc, portés collectivement à la santé et à l’éducation seront tout aussi importants que ceux visant le pouvoir d’achat.

 

C’est en répondant à ce type de questions que nous ébaucherons puis définirons une ligne politique cohérente.

Une des missions du député n’est-elle pas de participer à la construction de ce substrat idéologique en apportant son expertise et ses réflexions pour ensuite proposer des lois et des règles en phase avec cette vision partagée par son groupe ou son mouvement ?

Le groupe La République en Marche a été élu avec la promesse de faire de la politique autrement.

Cela commence par la libération de la parole, le libre choix de ses priorités de travail et l’engagement total dans sa mission.

 

Aucune question ne doit être éludée ou caricaturée car c’est en affrontant les problèmes sans tabou ni totem idéologique qu’on peut élaborer des solutions nouvelles et les mettre en place.

Les routines, les synthèses et autres accords de groupe sont les conséquences et non les préalables de débats d’idées librement exprimées.

L’invective aussi folklorique qu’elle puisse apparaître, l’insulte aussi blessante qu’elle tente d’être, la vocifération aussi bruyante qu’elle soit ne doivent pas entamer notre détermination à dialoguer, échanger, expliquer pour convaincre et trouver des terrains d’entente.

Ne laissons pas le débat public se réduire à des tweets synthétiques et des jugements à l’emporte pièce portés par des accusateurs publics à l’ombre de pseudos.

 

Mais un député ne devrait pas dire ça?


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