L'EMPLOI DES JEUNES : DROIT, DEVOIR OU DEPASSE ?

 

L'étymologie du mot travail est saisissante : il vient de "tripalium", qui désignait un instrument de torture romain destiné à punir les esclaves rebelles. Le monde est alors divisé entre ceux qui travaillent, négligés et ceux qui œuvrent, loués.

 Au XVIème siècle, travailler prend le sens de "se donner de la peine pour quelque chose de valeur". Les esprits éclairés de la Renaissance valorisent l'artisan au delà du Clerc ou du noble. Le travail et ses fruits deviennent des éléments structurants du statut individuel. 

Puis, l'article 5 du préambule de la Constitution de 1848, toujours en vigueur aujourd'hui, intronise un "devoir de travailler", associé à un droit à l'emploi, en prenant en compte les bouleversements de la révolution industrielle. Le travail devient une condition nécessaire d'identité sociale. 

 

A l'heure de la révolution numérique et robotique qui a clairement un impact sur un très grand nombre de métiers, ne devons nous pas redéfinir le rôle et les sens du travail dans notre société ?

 

Si nous restons dans le même paradigme, ne risquons-nous pas l'incompréhension et le refus du progrès de populations déboussolées ? Elles préféreront rester bloquées dans une nostalgie au risque de décrocher du monde plutôt que d'oser l'avenir.

Ne négligeons pas les réactions des jeunes aux modifications du code du travail en les moquant parce qu'ils n'ont jamais "bossé", au sens traditionnel, c'est à dire "employés". La plupart d'entre eux ont une expérience professionnelle très significative : jobs, stages, CDD... Ils sont légitimes dans leurs témoignages des limites d'un modèle qui ne sait plus tenir ses promesses d'emploi et génère le désespoir de la rue. 

Le taylorisme et les systèmes de production de masse ont construit l'emploi horaire comme outil d'optimisation de l'analyse et de la compétitivité. Un contrat garantissait un salaire pour un volume d'heures de travail, une sécurité contre un engagement envers l'entreprise. La mondialisation, les ruptures géopolitiques, les innovations technologiques ont rebattu les cartes.

Il est essentiel de réfléchir à la nature du travail et de son corollaire social, l'emploi, dans ce contexte bouleversé. 

Les pistes actuelles les plus claires se tracent dans l'entrepreneuriat, qui allie la responsabilisation individuelle et l'association de compétences . Les signaux faibles que sont les mots "co-working", "collaboratif" ou "participatif" sont certainement appelés à être amplifiés dans les années à venir.

 

Pour les générations à venir, est ce que le terme "emploi", comme labeur en son temps, disparaîtra pour voir émerger un nouveau vocabulaire de l'activité humaine reflétant le nouveau code d'un travail moyen d'expression ?

 


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Commentaires : 1
  • #1

    SOLMINI (mercredi, 28 juin 2017 16:53)

    Un excellent sujet de réflexion à potasser. Bravo ! Les filières post-bac en design graphique ont de nombreux ateliers dès la première année de réflexion sur le "collaboratif" et le "participatif", notamment une école à Villeurbanne et sur les nouveaux emplois. Est-ce que des jeunes sont ou peuvent être "impliqués" (ethymologie de emploi: implicare" ;-)) à cette réflexion dans notre circonscription ? ;-)
    Merci par avance.